Compte rendu table ronde du 03 décembre au Conseil régional

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Compte rendu de la table ronde du 03 12 2013 « Monnaies locales complémentaires : quels modèles économiques ? Organisée  au Conseil régional Rhône-Alpes  par Cyril Kretzschmar, Conseiller régional délégué à la nouvelle économie, aux nouveaux emplois, à l’artisanat et à l’économie sociale et solidaire

 

I Synthèse sur les modèles économiques des MLC

La table ronde a commencé par la présentation de  Marie  Fare  et Jérôme Blanc, du laboratoire Triangle de l’Université Lyon 2 des premiers éléments de synthèse  sur les modèles économiques des monnaies locales (http://monnaie-locale-romans.org/wp-content/uploads/2013/12/pptfinal1.ppt)

Les budgets vont de quelques milliers de francs à 150 000 euros pour l’Eusko.

Le coût des billets va de 0,11 cents par billets jusqu’à 0,40 cents pour le Sol-violette. Le Bristol Pound est financé en partie par de la vente de services ( !). La principale « variable d’ajustement » ce sont les moyens humains.

 A partir des budgets et des financements de divers projets français européens ou internationaux, ils ont dégagé 4 modèles « caricaturaux » de monnaies convertibles selon la dynamique de création.

1 Impulsé par des militants bénévoles. Exemple le Déodat. Le risque est de rester anecdotique, l’enfermement militant, l’épuisement des bénévoles et les utilisateurs frustrés.

2 Impulsé par des commerçants. Exemple la Cigalonde. Le risque est le déficit de sens, l’enfermement commercial, n’être que de la fidélisation.

3 Impulsé par les Collectivités territoriales. Exemple Nantes. Le risque est l’éloignement, la faible participation du public et la technicité.

4 Impulsé par des entreprises. Exemple le Tookets impulsé par le Crédit agricole (https://www.tookets.com/). Le risque est l’éloignement du public ; la technicité et le manque de sens politique.

II Quatre exemples de monnaies Rhônalpines en fonctionnement ou en projet

 1 Présentation de 10 minutes par Annie « la Mesure, quels modèles économiques ? »

1.1Démarche globale du dispositif

La Mesure est une monnaie locale complémentaire qui circule sur le bassin de vie de Romans- Bourg de péage entre membres d’une association sous la forme de coupons papiers de 1-3-5-10-20 Mesures depuis le 29 mai 2011. Il s’agit d’une monnaie convertible en euros 1 Mesure vaut un euro.

Le projet s’enracine dans un forum citoyen organisé en octobre 2009 sur le thème de « changer les échanges » dans l’esprit du forum social de Porto Alegre. Co-organisé avec des associations, des syndicats et des partis politiques. Un des ateliers chantiers du dimanche matin fut consacré à la mise en œuvre d’une monnaie locale complémentaire. En décembre 2010 l’association commune-Mesure est créée entre des partenaires (citoyens, artisans, agriculteurs, entreprises, commerçants associations « qui veulent  retrouver la maîtrise de l’usage des moyens d’échange et  remettre l’économie locale au service du social et de l’humain, dans le respect de la nature et de la vie, au lieu d’une économie globale qui incite simplement à la spéculation et à la consommation » ainsi que le disent nos statuts.

En questionnant des « évidences économiques » une monnaie locale revendique une citoyenneté politique et économique.

En favorisant un réseau de prestataires  se questionnant avec nous sur la responsabilité  écologique, la justice sociale, la vie locale, nous redonnons du « pouvoir à l’achat ».

En construisant ensemble un projet, en essayant de comprendre ce que nous faisons,  nous pouvons nous approprier un certain nombre de réponses et retrouver une certaine maîtrise de nos usages monétaires. Comme l’exprime  Joaquim de Melo, un des initiateurs de la monnaie Palmas au Brésil, il ne s’agit plus d’être seulement un consom’acteur solitaire mais un « prosommateur » c’est à dire « à la fois producteur, consommateur et acteur social du changement »

Les Mesures utilisées sur un territoire permettent de faire vivre sur ce territoire des  producteurs locaux, des commerces de proximité, des associations.

Utiliser la Mesure c’est dire  – Non à la spéculation – Oui à une relocalisation générant du lien social de proximité  – Oui à une responsabilité écologique assumée

Utiliser une monnaie locale complémentaire ce n’est pas juste faire circuler de drôles de billets,  c’est aussi questionner des « évidences économiques »,  participer à une réflexion collective sur ce qu’est la richesse et quel monde nous voulons partager.

-1.2- Les coûts de mise en place

Pour mettre en place la monnaie l’association commune Mesure créée en décembre 2010 a utilisé les cotisations des adhérents pour faire imprimer les billets. Nous avons fait imprimer l’équivalent de 124000 euros (8000 euros en billet de 1M, 6000 euros de 3, 30 000 de 5, 40 000 de 10, 40 000 de 20) pour 680 euros de frais d’imprimerie.

Nous avons eu la chance d’avoir dès  le début la MQ St Nicolas, qui s’est fortement impliquée dans le projet et nous a soutenu de différentes manières :

–          En mettant à notre disposition des locaux dans ses murs, un bureau avec un accès internet et téléphonique, contribution volontaire évaluée à 340 euros par mois, et des salles de réunions, à raison de 2 à 3 réunions par mois évaluée à 400 euros par mois en fonction des salles municipales les moins chères savoir 150 euro. La mise à disposition du matériel de bureau dont 2 ordinateurs évalué à 1430 euros.

 

–          En prenant en charge d’avril 2011 à avril 2012 le coût d’un emploi aidé à 24 h par semaine soit 450 euros par mois.

Ces contributions volontaires en services peuvent être évaluées à 8800 euros par an de prestations et 1500 euros d’investissement pour les immobilisations. De plus il faudrait rajouter la différence de coût des documents de communication (édition d’annuaires mise à jour tous les 2 mois, documents d’information comme la gazette de la mesure, les tracts, flyers affichettes annonçant des soirées ou autres…)

-1.3- Les modalités de financement

Nous avons démarré la monnaie sans aucun financement hormis un don de l’association La Nef de 2500 euros, mais avons obtenu en novembre 2011 un financement de la CRESS de 17250 euros pour l’exploration expérimentation des dimensions sociales et solidaires d’une MLc. Ce financement a pris fin au 31 12 2012. Ce financement nous a permis d’avoir 2 emplois aidés de 24 h par semaine pendant un an. Et nous a permis de rencontrer tous les partenaires potentiels du territoire, y compris les collectivités.

Depuis 06 2012 nous bénéficions d’une subvention du CR de 60 000 euros grâce à une subvention Idéclic solidaire projet attribuée à titre expérimental sans exigence de viabilité économique à 2 ans. La première partie de la subvention reçue a servi essentiellement à payer les salaires de 2 personnes à 20 h par semaine jusqu’en décembre d’un coût de 26800 euros.

 On peut rajouter à ces coûts pris en charge, les contributions volontaires en travail des bénévoles. Notamment la création, l’alimentation et la tenue du site pour 400 heures de travail par an pour la personne bénévole qui le prenait en charge. A titre de comparaison depuis mars 2013 et le retrait de la personne ayant assuré ce travail bénévole, une entreprise nous facture 170 euros par an pour la simple mise à jour du site qui laisse d’ailleurs à désirer. La tenue de stand sur différentes manifestations par des bénévoles équivaut à une centaine d’heures de travail sur l’année.

Aujourd’hui il y a 10 000 Mesures en circulation. Depuis le lancement du projet 75000  ont été changées. Les cotisations des adhérents se chiffrent à 2000 euros pour les prestataires et 600 euros pour les utilisateurs. La fonte de l’année 2012 a rapporté 13 euros à l’association et les cotisations de reconversion des prestataires se montent à 800 euros. L’association a donc 3412 euros de ressources propres ce qui ne permet pas vraiment de s’auto financer.

-1.4- Intérêt limites

Une subvention est évidemment une aide précieuse pour pouvoir faire un travail de fonds sur des projets complexes comme les MLC qui sont également des projets lents. En s’attaquant au cœur du système capitaliste l’argent, ceux-ci revendiquent une nouvel imaginaire social qui ne peut s’instituer que grâce à un travail de fourmis. Travail qui ne peut pas se faire sans une participation active des adhérents, utilisateurs et prestataires.

Cependant cette table ronde s’intitule  Quels modèles économiques ?  Or les MLC ne revendiquent pas un modèle économique mais bien plutôt un modèle politique consistant à remettre l’économie à sa place d’outil au service des humains. Laissez- moi vous lire un extrait d’un article paru dans la Recma :

« Dans sa soif d’institutionnalisation, l’ESS a laissé croire qu’elle pouvait jouer les supplétifs de l’action publique, notamment en matière d’emploi. Même les Scop, ces bonnes vieilles coopératives ouvrières, se sont vues endosser le rôle social du maintien d’activités sur les territoires. N’avons-nous donc rien d’autre à conquérir qu’une évaluation de notre utilité sociale ?

Il est temps de dire adieu à l’ESS en tant que rassemblement hétéroclite « d’entreprises sympas », pour faire vivre un projet politique porté bien au-delà de nos organisations par toutes celles et ceux qui veulent changer de société… »[1]

Dans les discussions avec les institutions locales nous sommes confrontés à Romans comme partout en France au refus des trésoriers publics d’accepter les paiements en monnaie locale car nous ne rentrons pas dans les cadres existants, il faut faire vivre le droit et pour cela une véritable démarche politique doit être entamée, en obtenant notamment un rendez-vous au ministère des finances.

Lors d’une rencontre à Pôle Sud Jean-Louis Cabrespines président du CN Cress nous a assuré du soutien de celle-ci auprès du ministère. Ce soutien est important car dans les discussions avec l’ACPR  nous en avons besoin. Mais les MLC doivent avant tout trouver des utilisateurs c’est à dire convaincre qu’elles ont un sens. Donner à voir un circuit économique  qui a du sens. Si nous avions 10Xplus d’adhérents-utilisateurs c’est à dire 700 ce qui représente 1% de la population du bassin de vie, cela représenterait 6000 euros d’adhésion, si nous avions 2 x plus d’adhérents-prestataires 4000. Nous aurions 10 000 euros et avec une subvention de 10 000 nous pourrions payer le salaire d’un animateur avec un contrat de 18 heures/semaine. Si chaque utilisateur dépensait 100 Mesures par mois nous aurions un fonds de réserve de 82 000 euros, nous pourrions utiliser 41000 euros pour aider à la création de projets locaux les discussions avec un apiculteur qui veut s’installer a besoin de 30 000.

2 Présentation par Marie-Christine du modèle économique des Lucioles (07)

Les Lucioles circulent depuis avril 2011 sur le bassin de vie Aubenas-les Vans qui s’est depuis élargit à Privas. Ils ont émis 28000 Lucioles pour un coût de 700 euros. Jusqu’en novembre 2013 le projet n’a fonctionné qu’avec des bénévoles et notamment des ambassadeurs car l’éclatement du territoire pose des problèmes différents de territoires urbain ou semi-urbain. En 2011, 9000 Lucioles ont circulé entre 30 adhérents prestataires et 60 adhérents utilisateurs. En 2012, 15 000 Lucioles ont circulées entre 40 prestataires et 60 utilisateurs.

Les Lucioles ont obtenu une subvention du Conseil Régional de 20 000 euros, ce qui permet la création d’un poste d’animateur en CDD sur 6 mois à partir de novembre 2013.

3 Présentation par Philippe du projet de DELMO à Valence (26)

Cette monnaie aura comme support une carte qui permettra à ses utilisateurs d’obtenir des « bonus engagement » en MLC car ils refusent d’appeler cela de la fidélisation. Les commerçants signeront une convention prestataire et les utilisateurs souscriront au bonus engagement. Delmo veut être un animateur de réseau notamment entre tous les services d’échanges électronique comme « ecovoiturons.com, le coachsurfing, le crowdfunding… ». Ils tablent comme modèle économique sur 3000 utilisateurs pour un chiffre d’affaire de 1710 000 euros. Ils n’ont pas encore les devis des fournisseurs, notamment pour la fabrication, gestion des cartes et terminaux.

4 Présentation par Marion du projet de La monnaie autrement à Chambéry (73)

L’Accorderie fonctionne à Chambéry depuis 2011 entre 380 utilisateurs. Ecosol depuis 2013 et la monnaie de consommation l’Elef doit démarrer en 2014. Aujourd’hui ils ont 1,3 équivalent temps plein. Leurs ressources sont hybrides : 1/3 de cotisation (5%), 1/3 de ressources publiques, ville, Agglo, CDDRA (60%) et 1/3 mécénat d’entreprises du bassin chambérien. Leur budget prévisionnel est de 55 000 euros par an. La monnaie a  un intérêt et une utilité sociale en complémentarité avec les politiques publiques du territoire : créer un lien de proximité, faire de l’éducation populaire pour une réappropriation citoyenne de la monnaie.

III Intervention de Cyril Kretzschmar

Le modèle économique c’est le rapport entre les gains et les dépenses. Si un acteur public porte un projet et notamment le finance il demandera à être l’acteur central du projet et donc à le piloter, pourquoi pas sous forme de SCIC.

Dans les trois mois qui viennent le contrat sectoriel ESS qui vise la mise en place de projets au plus près des territoires et en adéquation avec les besoins des populations, afin de participer au développement économique local  va être réécrit pour accentuer les projets d’entreprenariat social pour répondre à des besoins sociaux sur les territoires. (La région Rhône-Alpes, l’Etat et la Chambre régionale d’économie sociale et solidaire ont signé un contrat économique sectoriel, le premier en France destiné au développement de l’économie sociale et solidaire suivant 3 axes : Agir pour promouvoir l’ESS, Dynamiser l’économie rhônalpine, contribuer à l’innovation sociale et des emplois de qualité.).

Dans les 10 ans il faut repérer quel modèle parmi les  dix financés par la Région (Accorderie, Barter, MLC) seront réplicables pour avoir un mécanisme d’essaimage.

Annie


[1] http://www.recma.org/node/3757 Pour une économie sociale et solidaire de « combat » Emmanuel Antoine (président de l’association Minga) et Stéphane Veyer (associé et directeur général de la Société coopérative et participative Coopaname)

 

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